Une statue de 35 mètres, un financement saoudien, des ambitions folles et une faillite retentissante : Mirapolis a tout connu en cinq saisons, de 1987 à 1991. Premier grand parc d’attractions français, ouvert onze jours avant le Futuroscope, il reste l’échec le plus spectaculaire de l’histoire des parcs en France. Et voilà que trente-cinq ans plus tard, sa friche de Courdimanche, près de Cergy, revient au centre du jeu : c’est là que l’Arabie Saoudite vient d’annoncer la construction de trois parcs à thème, dont un parc Dragon Ball.

Retour sur l’histoire de Mirapolis : sa naissance, son géant Gargantua, ses cinq saisons de galère, ce qu’il en reste aujourd’hui, et cette renaissance que personne n’avait vue venir.

1987 : la France découvre son premier grand parc d’attractions

Vue aérienne du parc Mirapolis à Courdimanche
Mirapolis vu du ciel (photo TGV617, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

Le projet naît en 1980 dans l’esprit de l’architecte Anne Fourcade, qui rêve d’un royaume enchanté à la française sur le modèle de Disneyland. En 1984, elle trouve son financier : Ghaith Pharaon, milliardaire saoudien, devient l’actionnaire principal de la société Paris-Parc. L’investissement initial dépasse 700 millions de francs, financé à 60 % par emprunt bancaire, selon les données compilées par Wikipédia.

Le parc s’étend sur 55 hectares dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise, à Courdimanche. Son thème tranche avec les châteaux de conte de fées américains : Mirapolis célèbre les contes et légendes de France, de Rabelais à Dame Tartine. Le pari est audacieux. Trop, sans doute.

L’ouverture a lieu le 20 mai 1987, onze jours avant celle du Futuroscope. Mirapolis est donc bien le premier grand parc d’attractions français de l’histoire. Les projections tablent sur 2,5 millions de visiteurs par an et un millier d’emplois.

Gargantua, la statue de 35 mètres devenue culte

Impossible de parler de Mirapolis sans parler de son géant. Gargantua, le colosse de Rabelais, dominait le parc du haut de ses 35 mètres, un des plus grands personnages jamais construits en France. Les visiteurs pénétraient à l’intérieur du géant, dont le corps abritait un parcours scénique.

Quarante ans après, Gargantua reste l’icône de parc la plus folle jamais érigée dans l’Hexagone. Aucun parc français n’a retenté un pari visuel de cette ampleur depuis. Sa fin est à la hauteur du personnage : la statue, invendable, a été dynamitée en 1995, quatre ans après la fermeture du parc.

Cinq saisons de galère

Le train de Mirapolis quittant la gare principale
Le Mirapolis Express en gare (photo TGV617, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

Le destin du parc bascule dès le lendemain de l’ouverture. Le 21 mai 1987, entre 150 et 200 forains attaquent le parc à la barre de fer pour protester contre un régime de TVA jugé favorable aux grands parcs, endommageant plusieurs attractions. Un baptême du feu au sens propre, resté unique dans l’histoire des parcs français.

La suite est une lente asphyxie financière :

  • 1987 : 600 000 visiteurs, loin des 2 millions espérés
  • 1988 : le Club Med reprend la gestion, investit 188 millions de francs et installe le coaster Miralooping (Vekoma). Le parc atteint 1 million de visiteurs, son record
  • 1989 : rechute à 640 000 entrées, les pertes cumulées dépassent 200 millions de francs
  • Décembre 1989 : Paris-Parc dépose le bilan, avec environ 330 millions de francs de pertes totales
  • 20 octobre 1991 : fermeture définitive, après une dernière saison à 400 000 visiteurs

Pourquoi Mirapolis a échoué

Avec le recul, les causes de l’échec sont limpides :

  • Un thème trop pointu : Gargantua et le folklore français parlaient aux lettrés, pas aux familles venues chercher des sensations
  • Un parc surdimensionné : 55 hectares calibrés pour une fréquentation que la région ne pouvait pas fournir
  • Une gestion instable : trois changements de direction en cinq ans, aucun cap tenu
  • L’ombre d’Euro Disney : l’arrivée annoncée du géant américain en 1992 a gelé les investisseurs
  • Des projections irréalistes : le business plan reposait sur des chiffres de fréquentation jamais atteints par aucun parc français de l’époque

Mirapolis n’est pas mort d’un manque d’idées. Il est mort d’un excès d’ambition, mal placé et mal calibré. C’est précisément ce qui le rend fascinant aujourd’hui.

Que reste-t-il de Mirapolis aujourd’hui ?

Entrée de l'ancien parc Mirapolis à Courdimanche en 2025
L’ancien bâtiment d’entrée de Mirapolis, toujours debout en 2025 (photo VVVCFFrance, CC0)

À la fermeture, le parc est dépecé. Treize attractions partent au Spreepark de Berlin, d’autres aux Pays-Bas, en Allemagne et en Belgique. Le forain André Campion en récupère plusieurs pour le Parc Saint-Paul dans l’Oise, où certaines tournent encore. Les bâtiments sont rasés en 1993, Gargantua dynamitée en 1995.

Sur place, il ne reste presque rien : le bâtiment d’entrée en béton, tagué et muré, tient toujours debout au bord du rond-point (photo ci-dessus). Le site, devenu friche, attire les curieux et les amateurs d’urbex, mais rappelons-le clairement : le terrain est une propriété privée et sa visite est interdite.

La mémoire du parc, elle, est bien vivante. Le compositeur Rone a intitulé son album de 2017 Mirapolis, et France Culture lui a consacré un docufiction en 2019. Mirapolis figure en bonne place dans notre top des parcs d’attractions disparus en France, aux côtés d’autres destins brisés que l’on retrouve aussi dans notre classement des parcs abandonnés les plus célèbres au monde.

2026 : la renaissance saoudienne

Le 24 août 2026, l’Élysée a officialisé un protocole d’accord avec Qiddiya, la filiale divertissement du fonds souverain saoudien : 6 milliards d’euros pour construire trois parcs à thème sur le site de Mirapolis, dont un consacré à Dragon Ball. L’histoire bégaie avec une ironie parfaite : le premier grand parc français était déjà né d’un financement saoudien en 1987. Quarante ans plus tard, l’argent saoudien revient au même endroit, avec des moyens multipliés par dix.

Mirapolis aura donc été une répétition générale à l’échelle d’une époque. Si le nouveau projet va au bout, la friche la plus célèbre des parcs français redeviendra ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une destination. On garde un œil sur le chantier, et Gargantua, quelque part, doit bien rigoler.

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